Peut-être vous en souvenez-vous ? En avril dernier, Les Croqueuses de Paris étaient invitées à une visite privée de l’Exposition Guernica. Nous avions été conquises par les commentaires passionnants d’Emilia Philippot, l’une des commissaires de l’exposition. Après la visite, celle-ci a très gentiment accepté de répondre à quelques questions concernant son métier…
Interview d’Émilia Philippot
{ conservatrice au Musée Picasso et Commissaire de l’Exposition Guernica }
LCDP :
Vous êtes à la fois conservatrice du musée et commissaire d’exposition. Pouvez-vous nous expliquer comment s’articulent ses deux fonctions ?
EP : En effet, j’exerce le métier de conservatrice au Musée Picasso et cette fonction consiste en 4 missions principales. D’abord, conserver la collection en bon état et faire les opérations de restauration nécessaires. Ensuite, l’enrichir en faisant des propositions d’acquisition. L’étudier, en développant la recherche à son sujet. Enfin, la diffuser auprès du public. Monter une exposition participe à cette dernière mission.
LCDP : Combien de temps en amont se prépare une exposition ? Et comment choisit-on les thèmes qu’elle abordera et les commissaires qui la monteront ?
EP : Pour travailler correctement sur une programmation, il faut compter deux ou trois ans. Au musée, nous avons des réunions de programmation régulières, où nous en discutons. Les thèmes s’imposent en fonction d’éventuelles découvertes de chercheurs, d’anniversaires – c’est le cas pour Guernica, dont nous fêtons les 80 ans – et d’alternance entre différents aspects de l’œuvre, en faisant un focus sur un média (les sculptures, par exemple) ou une période, ainsi qu’à travers des « dialogues » avec d’autres artistes (Calder ou Giacometti)… Quant au choix des commissaires, il se fait en fonction de leur expertise dans un domaine plutôt qu’un autre et de la charge de travail de chacun, étant donné que nous travaillons en même temps sur plusieurs expositions. En ce moment, nous préparons à la fois la future exposition « Picasso Bleu et Rose » programmée au Musée d’Orsay en automne et « Picasso et le papier » (dessins, estampes, livres) qui aura lieu à Londres en 2020. Sans compter le gros projet « Picasso Méditerranée » qui a commencé l’an dernier avec des colloques et de très nombreuses expositions à venir à Marseille, Arles, Nîmes, Venise, Rome, Naples… On pourrait dire que le Musée Picasso est un initiateur. Nous aidons par des prêts d’œuvres, par une structure qui va piloter l’ensemble, mais nous essayons surtout de relancer la recherche en nous associant avec différents partenaires.
LCDP : Parmi toutes les œuvres du musée, des sculptures aux peintures, en passant par les céramiques et les esquisses, quelle est celle que les visiteurs viennent voir en priorité ? En d’autres termes : quelle est La Joconde du Musée Picasso Paris ?
EP : Nou
s en avons plusieurs ! En effet, après une étude menée auprès du public, nous savons que les visiteurs viennent beaucoup pour voir l’Autoportrait de la période bleue et le portrait de Dora Maar – celui, justement, qui se trouve dans l’exposition. Ainsi que la Tête de taureau, sculpture formée d’une selle et d’un guidon de vélo, également dans l’exposition. D’un point de vue historique, nous avons aussi ici le premier collage de l’Histoire de l’Art (Nature morte à la chaise cannée) et les guitares en carton, premiers assemblages de Picasso.
LCDP : Est-ce qu’il y a un public qui ne vient pas au Musée Picasso et que vous aimeriez aller chercher ?
EP : Avant la fermeture du musée pour travaux de rénovation, le public qui ne venait pas était clairement le public local : les Parisiens en premier lieu, et les Français. On avait surtout une fréquentation touristique internationale qui venait voir les fameux chefs-d’œuvre de Picasso et maintenant, la tendance se renverse ou du moins on essaie de l’inverser en essayant de faire venir les Français et en premier lieu les Parisiens. Cela commence par des créneaux spécifiques pour les scolaires, de manière très régulière : la semaine, le musée ouvre plus tard dans la matinée pour que les classes puissent venir le matin, dans de bonnes conditions. Nous avons de nombreux partenariats , des projets pédagogiques, etc. Par ailleurs, la rénovation du musée a permis d’améliorer l’accessibilité du lieu aux personnes à mobilité réduite.
LCDP : Il y a actuellement 8 musées Picasso en Europe : d’autres ouvertures sont-elles encore envisageables et où ?
EP : Catherine Hutin, la fille de Jacqueline Roque, la dernière compagne de Picasso, a le projet d’ouvrir un musée à Aix-en-Provence, à l’Hôtel de Caumont, d’ici deux ou trois ans. D’une manière générale, les descendants de Picasso sont tous très investis dans la conservation et le rayonnement de l’œuvre… et cela reste donc assez européen. Cela dit, les musées américains possèdent de nombreux chefs-d’œuvre, dont certains seront à Orsay en automne – ne les ratez pas !
LCDP : Merci infiniment d’avoir pris le temps de répondre à nos questions ! Nous sommes sûres que nos lecteurs apprécieront… et répondront « présent » aux prochains rendez-vous avec Picasso ! N’est-ce pas ? 😉





Dès l’entrée, Les Croqueuses apprécient l’ambiance, douce et raffinée. L’endroit est idéal : un immeuble haussmannien en angle, situé sur une place dégagée. La lumière un peu blanche de l’hiver y entre généreusement, adoucie cependant par l’effet d’un éclairage intérieur plus intimiste, presque doré. Chacun des quatre salons (le Bar Pouchkine et le Salon Catherine II au rez-de-chaussée, le Salon Pavlovsk au premier étage et le Salon Madeleine au deuxième) a été
Comme souvent dans pareille situation, Les Croqueuses ont le plus grand mal à se décider. Tout est très tentant, des œufs Bénédicte jusqu’au saumon de la Baltique, en passant par le syrniki, les crêpes Suzette, le koulitch et les pancakes. En réalité, c’est plus qu’un mariage franco-russe… Il s’agirait plutôt d’une vaste alliance Est-Ouest ! Finalement, nous goûterons les blinis au tarama, les petites crêpes de millet à la russe et les mini viennoiseries dont le bostock, cette petite brioche au lait d’amandes et myrtilles. Le tout accompagné d’excellents thés : Noir Earl Grey aux pétales de bleuets pour Aurélie, Vert Yuzu Framboise pour Fabienne et Blanc de Chine aux pétales de rose pour Véronique.

Cette première information (l’absence de l’œuvre originale, pour des raisons de conservation) peut surprendre, voire décevoir et dissuader certains visiteurs potentiels. Sachez que ce serait vraiment dommage. Car le sujet de l’
Outre la genèse passionnante et très documentée de l’œuvre – dont on peut suivre l’évolution par les yeux de Dora Maar, photographe et compagne d’alors – c’est sans doute la découverte d’artistes contemporains s’étant emparés de sa valeur symbolique, pour la réinterpréter à leur tour, qui nous a finalement le plus intéressées.
